Sois heureux un instant, cet instant c’est ta vie.

Publié le par Trèflerèle

 

Omar Khayyàm  était un homme qui regardait le ciel en face. Il aimait les astres, leurs mouvements ; il aimait à calculer leurs apparitions, leurs influences, leurs éclipses. C’était un astronome et un mathématicien. Mais pas seulement. A force de sonder le ciel, il avait mesuré la durée dérisoire des hommes face à leurs étoiles, le néant auquel ils sont voués.

Et ce chiffre secret, ce point zéro où apparaît et s’abîme fatalement tout ce qui vit, l’a fait poète.

Une partie de son existence, dès lors a été consacré à célébrer ce souffle qui fait s’ouvrir les roses et s’éteindre les nations, à pleurer sur l’effritement des corps qui retournent à la poussière, poussière dont on fera un jour des jarres superbes ; à chanter le vin qui fait jaillir des lèvres qu’il arrose, la vérité…

« Nul esprit ne sait ce qui vit sous les apparences. »

De qui du mathématicien, du philosophe ou du poète, Khayyàm était il le plus proche ? Ses calculs sur l’infiniment grand l’avaient rendu proche de l’infini petit, de la particule de poussière et de l’atome de glaise. Au lei de gémir comme tant d’autres sur le sort de l’humanité, il ne voulut lui souhaiter que l’ivresse avec l’humour en plus.

De quatrain en quatrain, se dessine le visage mystérieux de cet homme que ni la science ni la religion n’ont pu sauver du désespoir. Des pans entiers de son histoire nous sont inconnus.

Khayyàm avait placé très haut la position qu’il croyait devoir occuper sur terre. La liberté, pour lui ne pouvait se vivre que loin du pouvoir. La grandeur ne s’obtenait que par la haquiquah, la vérité et la ma’rifah, la connaissance.

« Ce que je veux, c’est une goutte de vin rubis et un livre de vers, et la moitié d’un pain, assez pour soutenir ma vie. Et si je suis assis alors assis prés de toi, même en quelque lieu désert et isolé, je serais plus heureux qu’un sultan. »

Sans cesse Khayyàm explore cette question du comment vivre quand le temps imparti est aussi déraisonnablement court, du comment vivre avec ce corps qui se dégrade et meurt, avec cet esprit entravé par le souci du bien et du mal, avec ce cœur infidèle et prompt à l’oubli.

Et cet homme qui haïssait plus que tout l’esclavage de la pensée, la soumission aux puissants, l’obéissance absolue à la loi, cet homme profondément croyant en l’unicité de Dieu, nous a légué cet avertissement qui sonne comme une prophétie :

« Prends garde de perdre le bout

Du fil de la Sagesse,

Car les guides eux-mêmes ont le vertige »

 

 

Publié dans réflexions

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