Les seaux percés

Publié le par Trèflerèle

 

 

 

Les contes traditionnels de tous pays ont cette fidélité : par-delà des époques que l’on pense révolues, par-delà des civilisations défuntes, ils offrent la perle d’une sagesse. Directement. Sans emphase.

La plus haute sagesse ne nous quitte jamais. Elle ne sera pourtant re-connue pour ce qu’elle est vraiment qu’au terme de l’aventure.

Un conte tibétain Boumo, la fille d’au-delà de la Montagne, nous dit les choses ainsi (et cela nous rappellera d’autres contes) :

Lobsang est jeune, beau et courageux mais ses manières sont assez frustres. Ainsi le jour où il aperçoit une jolie fille de l’autre côté du fleuve, sa façon à lui de se faire remarquer est de transpercer de deux flèches les deux seaux qu’elle vient de remplir au fleuve. Elle lui lance à son tour :

« Tu te sens fort avec ton arc et tes flèches, mais tu n’es même pas capable de trouver Boumo, celle qui vit par-delà la Montagne ! »

Lobsang relève le défi. Il décide de trouver cette Boumo et de se marier avec elle... Mais le voyage n’est pas simple ! Il devra chevaucher un cheval magique qui, à un moment, se volatilise en pleine course. Lobsang se ramasse comme il peut. Il devra affronter un dragon qui lui barre le chemin ; du coup il délivre une jeune fille qui se propose de l’accompagner.

Comme Lobsang n’a d’yeux que pour Boumo, il la laisse le suivre en petite sœur et ne lui prête que bien peu d’attention. C’est néanmoins elle qui le sauvera d’un bourbier où il s’enlisait, et l’assistera dans de multiples épreuves. Tout à la fin du voyage elle s’absente. Quand Lobsang se trouve en face de Boumo, il s’exclame :

« Mais n’est-ce pas toi la fille de l’autre côté du fleuve ? Tu ressembles beaucoup aussi, je m’en rends compte maintenant, à ma « petite sœur » qui m’a suivi jusqu’ici et si souvent aidé !

- Oui cette Boumo qui est devant toi à toujours été à ton côté. Comme dot pour notre mariage, je te propose les deux seaux d’écorce de bouleau que tu as trouvé malin de transpercer de tes flèches ! » Et toc !! le conte est fini.

Cette toute proximité de « cela vers quoi on va » a été annoncée de bien d’autres manières. Des chants, des écrits mystiques de toutes cultures ont aussi exprimé ce « jeu ». Le conte traditionnel a cet avantage d’être lui-même tout proche, à fleur de notre enfance. Il est lui-même « petit frère ».

C’est un grand mystère que de tout temps pour nous donner le courage d’aller à la Montagne, « la Montagne vient à nous », si simplement...

Mais elle vient si elle veut, quand elle veut... Elle nous accompagne librement, nous attend librement. Seule notre propre liberté saura la reconnaître un jour.

 

merci Jean Claude Marol  "les contes règlent les comptes"

 

 

 

 

  Trèflerèle anagramme de reflet du réel... ateliers cartes associatives  Pourquoi ces cartes là font elles grandir?

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