Les miroirs voyants: ALBERT SAVINIO

Publié le par Trèflerèle



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Il éprouvait de l’antipathie à l’égard du cercle : il lui préférait « l’ordre carré3 ; Ce trait le situe d’emblée parmi les grands contradicteurs. Lui-même – qui ne manquait pas d’étoffe – était un tissu de contradictions brodé d’aspirations antagonistes. La multiplicité de ses dons l’apparentait à ces monstres de foire (aigle à deux têtes ou mouton à cinq pattes), joueurs dans l’âme en dépit d’une indicible mélancolie. Peintre et poète, il composait aussi de la musique (du concerto à l’opéra), créait des ballets et assurait la réalisation des décors et costumes de ses propres œuvres dramatiques. Il touchait à tout, tripotant des genres et pelotant les formes avec une allégresse communicative, qui s’achevait pourtant en malaise. Cet homme - orchestre ne rêvait nullement de devenir le « Paganini du violon d’Ingres » il brûlait l’instrument dès qu’il le maîtrisait , étreignant avec délectation le silence. A qui donner la parole quand on abrite une foule de personnalités qui se disputent âprement le pouvoir ? « il connaît tous les jeux, il fait toutes les culbutes, il parle tous les langages » notera t-il dans les Chants de la mi-mort.

Souvent Alberto – ou plutôt Andréa – s’interroge sur les bizarreries de son identité. Né à Athènes en 1891, il descend (lui qui n’aspire qu’à s’élever) d’ancêtres siciliens établis en Dalmatie et à Constantinople ; c’est un Oriental de culture latine, déphasé, ébloui par la proximité de l’Apollon solaire. Son père ingénieur, construit des chemins de fer à travers la région aride de Thessalie – des trains pour aller où ?  D’ailleurs, il ne s’appelait même pas Savinio, mais De Chirico, la particule étant un cadeau récent de la monarchie austro-hongroise. Baron de Chirico, cela sonne à l’oreille comme le grelot d’une comptine où le petit poucet risque sans cesse d’être dévoré par le chat..le chat , c’est Giorgio, son frère aîné, qui deviendra, l’illustre peintre Giorgio de Chirico. Ensemble ils habiteront une jeunesse fabuleuse, constamment partagée entre le rêve, l’émerveillement et la terreur…

 

  Les miroirs voyants de Marc Alyn

Les peintres poètes – les poètes peintres

 

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