Le salaire de la peur

Publié le par Trèflerèle

Si  comme nous l’avons vu la colère est un moteur (cf « les bienfaits de la colère ») qu’en est-il de la peur ? Nous connaissons tous dans l’histoire de France, le chevalier Bayard sans peur et sans reproche.

On pourrait tout aussi bien le définir par le bon petit soldat, obéissant en toutes circonstances.

Quand nous entendons les parents, les enseignants parler des enfants …que disent-ils? Cet enfant est (ou non) gentil, obéissant, sage comme une image. Quand nous ne cédons pas à la demande d’un enfant il dit que nous ne sommes pas gentil!

En fait ce que tout adulte  demande à un enfant c’est d’être un bon petit soldat sans peur et sans reproche.

« La peur est un héritage transmis de génération en génération, depuis l'aube de l'humanité, un apprentissage parfaitement parachevé chez des adultes et qui prennent la responsabilité de le transmettre aux plus petits? Peur innée ou peur acquise que celle se rapportant aux loups, aux sorciers, aux dragons et à tous ces autres objets de peur qui font partie intégrante de la vie des jeunes? Autant de pistes souvent empruntées par les spécialistes du développement affectif, conscients de l'importance d'accompagner les enfants, les adolescentes et les adolescents sur la voie de la réussite du contrôle et de la maîtrise de cette réaction de déplaisir, « indésirée » et indésirable, mais pourtant vécue par tous.

Afin d'identifier chacune des peurs présentes dans la réalité de chaque personne évoluant dans la société contemporaine et de constater qu'un nombre fort élevé d'entre elles voyage quotidiennement au fil du discours et dans les écrits de chaque habitant de notre planète, il suffit aux enfants, comme aux grands, de tendre l'oreille, de pencher ou de lever les yeux sur un texte, une émission télévisée, de regarder autour d'eux, ainsi qu'en chacun d'eux. Elle est là, étant parfois insidieuse, se camouflant ou se manifestant aussi à l'occasion. Chacun la rencontre de nombreuses fois au cours de sa vie. On peut la conjuguer à tous les temps, dans toutes les langues. On peut également la lire sur les lèvres et la voir dans les yeux d'un trop grand nombre d'enfants et d'adultes.

Selon Drewermann (Théologien et psychothérapeute), «tant qu'un homme a peur, il craint d'être «petit», l'angoisse le fouaille, le pousse à devenir toujours plus grand, plus «adulte», jusqu'au moment où il finit pas outrepasser sa mesure en devenant littéralement méchant». La peur, un simple mot de quatre lettres qui n'a en soi rien de terrifiant, et pourtant... Et, curieusement, elle semble se multiplier par dix, vingt ou cent dès qu'on y ajoute un «s».

En fait, qu'est ce que la peur, sinon une réaction momentanée au danger? Elle se fonde sur la faible estimation de ses propres forces comparées à celles du facteur menaçant. Elle disparaît lorsque survient un changement dans l'équilibre des forces. Ainsi, plus l'estimation de ses propres forces s'accroît, moins la peur apparaît comme étant menaçante. Chez l'enfant, l'expérience de la peur croît à mesure qu'il grandit. Elle résulte de la généralisation d'un stimulus qui engendre la peur et qui est actualisée dans un environnement donné.

Il suffit de côtoyer les enfants pour remarquer que les peurs qu'ils expriment font partie intégrante de leur expérience personnelle. Elles présentent des caractéristiques qui sont semblables chez un grand nombre d'entre eux. Ces caractéristiques sont dites communes ou typiques des jeunes de différents âges, parvenus à certains stades.

S’agit-il pour l'adulte de s'assurer que chaque enfant développe une force suffisante et appropriée de sa propre estime de soi, pour que ce dernier franchisse efficacement chaque étape de son développement affectif? Cette démarche est ­elle suffisante pour permettre au jeune de se bâtir une expérience personnelle riche et harmonieuse? Ne s'agit il pas d'une question qui, sous des apparences de simplicité, voire d'évidence, semble néanmoins signifier et nécessiter, pour la majorité des adultes du moins, une implication complexe associée à d'énormes difficultés? Déjà, la peur du dire, du savoir comment agir et réagir s'est glissée et installée dans l'esprit de plusieurs. » 

La peur est essentielle à notre développement individuel, Boris Cyrulnik fait son éloge dans une interview que je vous invite à lire :

 http://www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=507

Alors la peur comme la colère est présente chez chacun de nous, frein, stimulant, excuse, quand je dis salaire de la peur je veux parler de ce que nous sommes prêts à faire, à sacrifier pour agir ou.. pour ne rien changer.

Etre adulte c’est accepter de perdre la sécurité de la protection parentale pour se lancer dans l’inconnu avec l’insécurité que cela suppose, c’est vaincre sa peur et ses peurs. 

La peur ça vous dit quelque chose ?

 

 

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gozzygri 24/09/2009 15:40



Un vaste sujet!J'ai vécu longtemps avec la peur des autres en croyant que c'était les miennes.Après ce constat là, j'ai pu ouvrir petit à petit la porte qui donne accès à ma confiance
intérieure.Enfin!



Trèflerèle 24/09/2009 17:41


Merci pour le commentaire, on s'imbibe quelque fois sans le savoir avec les émotions des autres comme le petit enfant qui se confond avec sa mère, en prendre conscience nous libère de la fusion
avec l'autre. Serge Tisseron a écrit un livre interessant sur le sujet: Vérités et mensonges de nos émotions.


Caroline 24/09/2009 00:49


même pas peur!;)


citron vert 12/09/2009 08:47

Oh oui la peur est un sujet qui me parle .La peur est un frein énorme à l'épanouissement de la personnalité surtout la peur de l'autre particulièrement redoutable au collège quand les enfants sortent de l'enfance .ensuite c'est le lit du sexisme,du rascisme....ensuite je suis régulièrement confrontée à la peur de la page blanche,la peur de na pas accepter de pouvoir créer de par mon métier d'enseignante en arts plastique .Régulièrement on me dit: c'est trop difficile ce que tu fais je ne saurai jamais !!La peur de se présenter , de pousser la porte : bonjour je viens voir ce que vous faites dans vos ateliers! Comme cela semble difficile .....

Bukibri 30/08/2009 19:00

Interessant cet article, allez vous parler des autres émotions?

Trèflerèle 30/08/2009 19:04


oui je parlerai de la tristesse, de la joie, du mépris, de l'ennui...si vous avez des suggestions n'hésitez pas!!


eMmA 28/08/2009 11:54

Tout dépend si on ose s'attaquer à plus faible que soi (je pense aux enfants agressés par des adultes, entre autres...)

Trèflerèle 28/08/2009 12:03


Bien sur je parle de l'adulte qui continue à grandir! lire Alice Miller qui encourage justement ceux qui ont subi des violences à comprendre qu'à ce moment là ils étaient sans défense. ( " C'est
pour ton bien", La souffrance muette de l'enfant"..). IL reste toujours au fond de chacun de nous un petit enfant qui a peur d'un plus grand ou du moins d'un qu'il croit plus grand.